Réponse à Madame Bouchart, gardez vos larmes — prenez des décisions.

La maire de Calais, Madame Bouchart, a osé pleurer la mort de 4 personnes décédées le 8 avril en tentant de traverser la Manche. Son communiqué de presse nous a donné la nausée, nous avons décidé de lui répondre.

Madame Bouchart,

Vous ne pouvez pas parler de ces personnes, de leur mort. Pas vous. Pas celle qui leur a confisqué l’eau, détruit les tentes, fermé les portes, et qui aujourd’hui verse des larmes de façade pour mieux pointer les autres. Pleurer les morts de celles et ceux que l’on a épuisé, traqué, humilié, s’appelle de l’instrumentalisation politique. C’est insultant, pour nous, associations, personnes solidaires qui essayons chaque jour de pallier aux manquements de ceux qui, comme vous, ont le pouvoir de décider d’améliorer la vie des gens..

Vous pointez la responsabilité des autres. Nous pointons la vôtre.

Sous votre mandat, cet hiver : 610 femmes et familles ont été refusées par le 115, dont 253 enfants et 37 bébés de moins d’un an. 546 hommes seuls ont été refusés aux départs pour les CAES, sans solution alternative. 444 mineurs non accompagnés se sont vu refuser un toit. Le gymnase du Plan Grand Froid n’a ouvert que 25 nuits sur 90. Le 17 janvier, deux jeunes filles mineures,15 et 17 ans, ont été laissées dehors parce qu’elles avaient frappé à la porte après 22h. La nuit du 31 décembre, un homme de 32 ans est mort dans la rue à Calais, après trois ans de survie sur le littoral. Sa mort non plus n’a pas reçu de réponse.

Une famille de quatre enfants, dont un nourrisson d’un an, présente depuis novembre 2025, elle n’a jamais pu réaccéder au 115 après une première nuit, le dispositif n’accordant plus qu’une seule nuit d’hébergement, contre trois en 2022.

Une femme victime de violences conjugales, signalée en contexte de danger, refusée par le 115 au motif qu’elle avait déjà bénéficié d’une nuit.

Un jeune de 13 ans laissé seul à sa sortie du dispositif FTDA, sans solution.

Le 1er décembre, une femme et ses deux enfants, signalée en situation de violences conjugales, refusée par le 115.

Vous signez, vous serrez des mains, vous posez pour des photos, au chaud, loin des terrains vagues où vous envoyez les personnes qui se font expulser. Loin des visages que vos décisions écrasent. Nous, nous sommes là, à devoir regarder dans les yeux, des personnes à deux doigts de l’hypothermie pour leur dire qu’on n’a même plus de tente à leur donner.

Ces situations sont le résultat d’une politique européenne et nationale que vous soutenez, mais aussi municipale construite, année après année, pour rendre Calais inhabitable aux personnes exilées.

En 2015, votre mairie a conditionné l’accès à la piscine municipale à la présentation d’une carte d’identité et d’un justificatif de domicile, une discrimination explicitement sanctionnée par l’article 225-2 du code pénal. La même année, vous avez interdit les distributions de repas et les douches en ville. Le tribunal vous a rappelée à l’ordre. Vous avez recommencé sous d’autres formes. En 2018, la mairie a refusé d’organiser la moindre collecte de déchets dans les lieux de vie des exilés. En 2022 puis 2024, les cuves d’eau de nos associations ont été saisies et vidées par vos services, au motif de « dépôts illégaux sur la voie publique ». En 2025, vous avez tenté d’interdire une manifestation, condamnée à 1 500 euros d’amende, payée non pas de votre poche mais sur le budget municipal, c’est-à-dire par les Calaisiens et les Calaisiennes. Vous avez fait fermer administrativement un lieu qui abritait enfant et famille et une laverie solidaire. Vous avez fait poser des rochers et des dispositifs hostiles dans les espaces publics pour empêcher les personnes de dormir. Vous validez des expulsions répétées vers des terrains vagues et des zones marécageuses, après avoir vendu les terrains publics à des entreprises privées, comme amazone qui depuis n’en est rien.

Entre novembre 2025 et mars 2026, La Capuche a distribué 1 459 tentes, 2 995 sacs de couchage et 1 810 bâches, avec dix jours d’attente moyenne entre chaque distribution, tant la destruction systématique lors des expulsions épuise les stocks. 944 demandes de tentes ont été reçues sur la période du 9 au 22 février : 214 ont pu être satisfaites. 730 personnes sont reparties sans rien.

Vous parlez de « passeurs sans scrupules ». Ce sont les politiques de sécurisation des frontières, les barbelés, les caméras, les patrouilles, les centaines de millions déversés pour rendre chaque voie légale inaccessible, qui ont mécaniquement renforcé les réseaux de passeurs. Quand on ferme toutes les portes, les gens passent par la fenêtre, et quelqu’un se charge de la leur ouvrir contre de l’argent. Les passeurs n’ont pas créé ce marché. Les États l’ont créé pour eux, en criminalisant la mobilité et en supprimant toute alternative. Chaque million dépensé pour rendre la traversée plus difficile est un million qui a rendu les réseaux plus puissants et la mer plus meurtrière.

Vous vous êtes alignés sur une politique de l’épuisement. Des gens sans eau, sans tentes, sans repos. Traqués. Expulsés. Recommençant à zéro sous la pluie, encore et encore. Épuiser les corps jusqu’à ce que la mer paraisse moins dangereuse que votre ville. C’est ça, votre bilan. Et aujourd’hui vous signez un communiqué de deuil. Vous aviez le pouvoir de les soutenir. Vous avez choisi de vous battre contre eux. Alors gardez vos larmes et votre salive et prenez des décisions concrètes, maintenant.

Vous n’êtes pas une spectatrice impuissante. L’article L. 345-2-2 du Code de l’action sociale et des familles garantit à toute personne sans abri en situation de détresse le droit à un hébergement d’urgence inconditionnel, sans condition de régularité du séjour. Le maire dispose de pouvoirs de réquisition de locaux vacants en cas de péril imminent. Vous avez les leviers. Utilisez-les.

L’Auberge des Migrants.

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