Le 26 septembre, l’Auberge des Migrants a participé, aux côtés d’une centaine de personnes, à la Marche pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale organisée à Calais. Parce que la lutte contre le dérèglement climatique est indissociable des enjeux sociaux et décoloniaux, l’Auberge des Migrants et la Capuche Mobilisée ont pris la parole pour rappeler le caractère profondément intersectionnel des luttes climatiques, sociales et décoloniales. Il est impossible de penser la crise climatique sans prendre en compte les conflits, les inégalités et les rapports de domination qui traversent nos sociétés.
Les personnes en situation d’exil subissent souvent les conséquences du changement climatique tout au long de leur parcours d’exil, depuis leurs pays d’origine, particulièrement exposés aux effets d’un dérèglement climatique largement provoqué par les pays impérialo-industrialisés, jusqu’aux risques et aux vulnérabilités auxquels ils sont exposés au cours de leur parcours d’exil.
Retrouvez ci-dessous l’intégralité du discours.
Bonjour à tous et toutes,
Nous représentons La Capuche Mobilisée et de l’Auberge des Migrants.
On souhaitait d’abord préciser que nous ne sommes pas les seules organisations agissant auprès des personnes en exil. Il y a aussi beaucoup d’autres associations sur l’ensemble du littoral Nord, des habitants qui agissent depuis longtemps auprès des personnes exilées et précarisées, ainsi que les personnes exilées elles-mêmes, que l’on ne voit pas ici, reléguées en périphérie de Calais.
La question de la migration pour les personnes qui n’ont pas de passeport rouge implique des dynamiques complexes, où la souffrance humaine se mêle aux décisions politiques entre États, notamment autour des frontières et des droits humains. Cette souffrance est aggravée par le durcissement des politiques frontalières et par les crises économiques, climatiques et politiques qui provoquent de nouvelles vagues de déplacement.
Il est important de lire les questions climatique, sociale et décoloniale sous le même angle. Car au fond, la biodiversité, les animaux, les plantes et les êtres humains ne sont, aux yeux des voyous à col blanc, que des ressources confondues au profit d’un seul projet colonial que le capitalisme englobe.
Ce sujet se rattache à travers plusieurs réalités concrètes :
- Premièrement, les personnes en exil subissent dès leur pays d’origine les conséquences des émissions historiques des pays impérialistes, alors même qu’elles sont issues de pays qui en émettent le moins.
À Grande-Synthe, les personnes originaires de Somalie sont très présentes. Ce pays subit depuis plusieurs décennies une grande sécheresse, exposant sa population à des violations de leurs droits à l’alimentation, à l’eau, à la santé et à la vie. Comme le rappelle Amnesty International : « La contribution de la Somalie au réchauffement climatique est infime, mais sa population subit de plein fouet la crise climatique ».
- Deuxièmement, les personnes en exil sont confrontées à des risques extrêmement importants durant leur parcours. En mer, elles risquent de se noyer en Méditerranée, dans l’Atlantique ou dans la Manche. Cette semaine, au moins quatre personnes sont mortes dans la Manche, parce qu’elles n’avaient pas les bons papiers.
Sur les routes terrestres, certaines risquent de mourir de soif dans le désert. Elles sont également exposées à la traite des êtres humains, à l’exploitation et à l’extorsion.
- Enfin, les conséquences et la privation des droits d’une partie de l’humanité se perpétuent sur notre sol, sur le littoral Nord, où environ 2 500 personnes survivent.
539 expulsions ont eu lieu en 2025, et 1 576 tentes et bâches ont été saisies. Les associations se retrouvent dans une logique de remplacement permanente des tentes, des duvets et des vêtements.
L’absence de collecte régulière des déchets entraîne de grands enjeux d’hygiène, la prolifération de rats et des morsures sont régulièrement signalées. Depuis 2023, des associations ont collecté au moins 16 450 sacs poubelle de 100 litres pour compenser cette carence.
Les feux sont allumés sous des bâches pour conserver la chaleur, dans des espaces clos où l’air devient irrespirable. Quand le bois manque, des matériaux toxiques sont brûlés sous la respiration des personnes qui tentent de se réchauffer.
De la Somalie à Calais. Ce que vivent les personnes exilées nous oblige à ne pas rester silencieux et à essayer des choses nouvelles.
On invite donc chacun et chacune d’entre nous à être solidaire, à accueillir chez soi, à aider une personne dans ses démarches administratives et à lutter de façon authentique contre ce système.
Enfin, le week-end du 17 octobre, il y aura un événement à Calais autour des 10 ans de la destruction de la Grande Jungle, mais en parallèle un appel à mobilisation des Gilets Jaunes contre les superprofits.
Alors, dans les rues !

